Une soif inextinguible !

Kazim Öz

Une soif inextinguible !

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Kazim, degemer mat, bienvenue !
L'éternelle question : qu'est-ce qui vous pousse à vous saisir de la caméra ?
Ma vocation de cinéaste n'a pas mûri tranquillement comme pour d'autres réalisateurs, mais elle a surgi alors que j'étais en seconde année à l'Université, en études d'ingénieur dans le bâtiment. Inopinée !

Je pratiquais le théâtre depuis 4 ans, et la mise en scène, au Centre Culturel mésopotamien, où l'on donnait des cours de réalisation en audiovisuel, théorique et pratique. J'y étais de plus en plus assidu, m'éloignant de mes études dans le génie, délaissant le théâtre, et même mes activités politiques d'alors en ont pâti. J'ai fini par rester sur place la nuit, regardant 4 ou 5 films à la suite. J'ai parcouru le monde entier ainsi, et découvert Fellini, Bergman, Tarkovski. Tout ça en VHS, dans le silence du Centre culturel fermé pour la nuit...

J'ai été arrêté une fois et placé en garde en vue, ils avaient trouvé des journaux intimes sur lesquels j'avais toutes mes notes de cinéphile, j'y parlais de formation. J'ai été questionné sans relâche, ils étaient persuadés que je cachais entre les lignes des bribes de formation politique, voire terroriste...

Mais le grand plongeon ?
C'est grâce à l'influence de ces réalisateurs, et non des policiers ( rires ) que je me suis convaincu doucement : « moi aussi, je peux filmer». Coïncidence : le père de ma copine vivait en Allemagne et lui a ramené une caméra, un cadeau venu du ciel, non d'Allemagne!

Je me suis rendu dans mon village d'origine, dans le Dersim, et j'ai filmé, filmé, filmé .. Je projetais le soir aux paysans, et quand j'ai vu à quel point ils étaient touchés par mes images, j'ai su que la vocation était née.

En autodidacte alors ?
L'ignorance est parfois un bon moteur, en tout cas elle peut vous donner de l'audace. Dans tous les domaines de ma vie, j'ai appris en faisant, j'invente le chemin en marchant. Ce n'est pas de moi, mais de Antonio Machado.

Je produis moi-même mes films et me suis formé à la production par nécessité; les circonstances ont fait que j'ai été obligé d'acquérir des compétences par moi-même. Du coup, je suis devenu assez polyvalent.
Dans Il était une fois dans l'Est, j'ai fait l'image, le son et le montage.
Alors, au moment de faire le générique, j'ai inventé des pseudos, ça fait plus sérieux pour les inscriptions en festivals.

Réaliser et monter soi-même, ce n'est pas difficile ?
Le processus du montage, qui est une nouvelle écriture, m'oblige à tuer des images que le réalisateur affectionne. Mais les circonstances ont fait que je suis devenu un «tueur» professionnel. Impitoyable.

Vous avez bien quelques défauts ?
Oui, je trouve que je ne lis pas assez ! Pourtant, j'ai été très marqué par Garcia Marquez et son Cent ans de solitude.
Et puis aussi par Vedat Türkali, un auteur et scénariste turc. Il a connu lui aussi la prison, comme tant d'autres, neuf ans au total je crois. J'ai beaucoup de respect pour lui.
NDLR : cet auteur s'est éteint à 97 ans, le 29 août, soit deux jours après cette interview...

Vous étiez déjà venu à Douarnenez en 2003, vous revenez en 2016, quel regard portez-vous sur ce festival ?
Toutes ces années, quand je me rendais dans d'autres festivals, j'ai parlé de Douarnenez comme d'un modèle de festival alternatif. Un festival qui ne mise pas sur le commercial, qui a opté pour l'accueil chez l'habitant, ce qui me semble très intelligent en terme de qualité de rencontre. Un festival qui traite les films avec respect. Enfin, le fait de pouvoir se retrouver à la fois à l'intérieur des salles et en extérieur, où les débats se prolongent au hasard des grandes tablées... j'aime beaucoup ça ! Il existe une vraie culture du spectateur à Douarnenez.

Quelles sont vos relations avec l'état turc, en ce qui concerne vos films tout au moins ?
En Turquie, il est inévitable que les relations se dégradent si l'on fait des films liés à la question kurde. Mon film Ax m'a valu un procès, quand aux autre, ils ont été censurés pour la plupart dans mon pays. Ce qui ne les a pas empêchés de faire le tour du monde, comme pour Shawaks qui a parcouru plus de 50 pays. Aucun de mes films n'est passé à la TV en Turquie, une forme de censure à part entière, mais plus de deux millions de gens les ont vus sur Internet ...

Vous faites une belle place à la musique dans vos films, et je vous ai entendu chanter hier soir...
Oui, j'ai appris le saz et la guitare en autodidacte, et j'ai fini par composer les musiques de mes films. C'est important pour moi, c'est une forme de thérapie... vous voyez, je me soigne !

Propos aimablement traduits par Civan Gürel, que nous remercions.
27 Août 2016.

FILMOGRAPHIE

  • 2016, Zer, fiction film
  • 2016, Cinara Sipî, le Sycomore Blanc, 83 min, documentaire de création
  • 2014, Hebu Tune bu (Il était une fois), 81 min, docu-fiction
  • 2010, Demsala Dawi: Sewaxan (Last Season of Shawaks), 90 min. documentaire, en coopération avec Arte France2008,
  • 2008, Bahoz (l'Orage), 155 min, fiction
  • 2005, Dûr (La distance), 74 min, documentaire
  • 2001, Fotograf (Le Photographe), 67min, fiction
  • 1999, Ax (La Terre), 27 min, court-métrage
Ax (Terre)

Ax (Terre)

Kazim Öz

Film intégral

Autour de la figure d'un vieil homme qui refuse de quitter son village sous la menace de l'évacuation, un documentaire maintes fois primé, sur la déportation et les déplacements des populations kurdes par l'armée turque.

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He Bû Tune Bû

He Bû Tune Bû

Kazim Öz

Extrait

Kazim Öz filme une famille kurde d’Anatolie se déplaçant vers la région d’Ankara pour travailler comme saisonniers dans les champs de salade. Entre émigration du travail, conflit familial et film d’amour, le cinéaste (...)

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Last season of Shawaks

Last season of Shawaks

Kazim Öz

Bande annonce

Chaque été, les Shawaks, tribu nomade de l'est de la Turquie, quittent leurs villages pour aller sur les hauts pâturages. Portrait rare d'un peuple d'éleveurs.

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