Coup de coeur

De l'autre côté du cliché


Dans Frères de classe, tourné en 2004, Christophe Cordier explore avec une infinie pudeur un pan de la mémoire ouvrière bretonne. A Saint-Brieuc, précisément, lors de la grève du Joint français de 1972.

Christophe Cordier repart d’une affiche placardée par son père sur sa chambre de môme. Celle appelant aux manifs du 1ermai 72: une photo opposant un CRS et un ouvrier, un affrontement saisissant. Les visages ont vieilli, les hommes que Christophe retrouve n'ont pas trop changé. Et lui racontent les coulisses du cliché. Nuançant l'idée reçue, confrontant les points de vue et obligeant le spectateur a regarder au-delà de l'image mythique pour se laisser aller à la rencontre. Et découvrir le secret de l'affiche, le parcours de l'ouvrier, celui du flic en face, et de leurs enfants … faisant de l'usine et de la compagnie de CRS des personnages à part entière d'une saga familiale qu'on quitte à regret avec le générique. Un autre film de Christophe Cordier est en ligne sur bed.bzh : Los Vigilantes, tourné au Chiapas en 2008. Et bientôt un autre sur l'Amazonie !

Poème des vies isolées


2017 : retour sur la 18ème édition du Festival de Douarnenez, dédiée au peuple écossais. Et qui place, au rang de film emblématique, Eriskay, Poem of remote lives, (Eriskay, poème des vies isolées), de Werner Kissling. C'est l'occasion de revoir un film d'archives à la fois doux et dur sur la vie sur l'île et celle de ses habitants. Tourné en 1934 par ce documentariste amateur allemand amoureux de l’Écosse, il témoigne de l'artisanat et de l'agriculture d'Eriskay, mais aussi de la culture : les savoir-faire, les costumes traditionnels ... Un film court en VO, qui vaut cependant le détour pour la beauté du noir et blanc, du montage, des visages et des gestes. Bercé par la voix off, le vent, les vagues et le chant des femmes au travail, ce film d'archive est empreint d'une poésie qui réchauffe comme un feu de cheminée ou une lampée de whisky tourbé !

les Ouïghours, musique en résistance


Il y a suffisamment peu de films ouïghours pour prendre le temps de voir Le torrent qui porta le chant aux Ouïghours, un documentaire consacré à cette minorité d'Asie Centrale, sous le joug des autorités chinoises, , réalisé par Mylène Sauloy (dont tous les films sont en intégralité sur Bed !).

L'occasion de découvrir une culture méconnue et de faire connaissance avec un peuple qui depuis des siècles a choisi le chant pour porter l'ironie, l'humour et la dérision. De se persuader que le chant et la musique sont, face à l'oppresseur, des armes de résistance à toute épreuve.

Sur la route de la soie, sur les plateaux d'Asie Centrale, découvrez un voyage musical et engagé à la rencontre d'une des plus importantes ethnies minoritaires de Chine et de sa culture.

Sourire Abénaki


Bonne année engagée pour la diversité sur bed.bzh!

Avec comme première belle rencontre de l’année, Alanis Obomsawin, réalisatrice abénaqui du Québec, qui fêtera ses 85 ans et son 50ème film. Étonnante, non ?

Fin 2016, elle a reçu le prix Albert Tessier, remis par le gouvernement du Québec pour sa carrière et son œuvre. Toujours debout, plus que jamais combative et résolument engagée aux côtés des peuples autochtones, Alanis est en portrait sur Bed, et raconte ses débuts au cinéma ici.

Retrouvez aussi son malicieux sourire dans cette archive de Radio Canada, qui inaugure le très beau site Espaces Autochtones, un portail de ressources et d'actualités sur les cultures amérindiennes du pays.

Et prenez le temps de voir quelques uns de ses films, en intégralité sur bed : par exemple, le marquant Kanehsatake – 270 ans de résistance, réalisé en 1993 et pour lequel elle a reçu 18 prix à l’échelle internationale. Mais aussi Les évènements de Restigouche et, plus récent, Le peuple de la rivière Kattawapiskak.

Voyage au centre de la carte


Surprise ! Avec Voyage au centre de la carte, le cartographe de Bed s'invite parmi les documentaires des Peuples du Caucase et les films environnementaux… Et oui, Philippe Rekacewicz, alias Reka, cartographe, artiste et journaliste, ne fait pas que crayonner les rivières, les mers et les frontières.

Il les parcourt, les arpente et les étudie aussi, les deux pieds dans les eaux viciées d'une zone transfrontalière du Caucase, analysant causes scientifiques et conséquences sociologiques. Avec son appareil photo, ses fonds de carte et ses crayons, Reka, l'ancien routier nul en géographie, mène une enquête cartographique passionnante et nous embarque avec lui sur un territoire complexe et fascinant, décryptant la discrimination des minorités dans la couleur d'un ruisseau, détectant les problèmes de société dans les boues polluées...