Coup de coeur

Sikitiko, la main du roi


Ou la saga de la main coupée … à Ostende, une enfant mène l'enquête et raconte l'histoire des Braves Ostendais, qui se mobilisent pour obtenir un pardon officiel de la Belgique au Congo pour les atrocités commises durant la colonisation. Sikitiko, une revanche pleine d’humour sur un passé colonial encore trop présent.

Un court-métrage original, drôle et décalé, un véritable pied de nez aux autorités. En 2004, un groupe de citoyens belges coupe la main d'une statue représentant des Congolais remerciant le roi Léopold II de les avoir libéré de « l'esclavage sous les Arabes ». Ils entendent rétablir la vérité, et dénoncer le régime qui coupait la main des esclaves congolais « qui ne travaillaient pas assez bien » dans les plantations d'eucalyptus. S’ensuit une saga politico-médiatique hallucinante, racontée avec ironie dans ce petit film à voir absolument ! (On vous rappelle ici que le prochain festival de cinéma de Douarnenez sera dédié aux Congos … à suivre!)

à la main


On oublie souvent la main du cinéaste quand on regarde un film. On y pense forcément davantage devant un film d'animation. Et face à Migration, de Sylvaine Jenny, vous n'aurez plus le choix. Une mère et sa fille fuient la guerre et les bombes. Marchent, tombent et se relèvent sous la main de la dessinatrice.

La frénésie du dessin est à couper le souffle. Le suspens installé par la musique et les coups de crayons saccadés tiennent le spectateur en haleine. Et laissent flotter l'inconfortable question de cette main en mouvement, responsable à la fois du sang et des sourires, du naufrage et de la plage. Un véritable « dessin animé » très loin des contes de fées, qui interpelle, dénonce et questionne. Tout comme Miniyamba, de Luc Perez : des traits de pastels, de plus en plus sombres au fur et à mesure que le périple des deux personnages approche des rives de l'Europe … au loin des lumières brillent. D'autres documentaires animés sur l'exil et la migration : Then I came by boat, souvenirs d'un exilé vietnamien, et Al Hurriya, rencontre entre une Calaisienne et ses voisins.

KOSOVO


À l'heure où la Catalogne revendique son indépendance, direction le Kosovo, à la rencontre de Fatmireh, jeune citoyenne filmée par Fulvia Alberti dans le cadre d'une série « Portraits d'Européens ».

Un portrait tendre de cette jeune fille aux idées fortes, qui, après la guerre, s'est mise à rêver, et qui aujourd'hui s'apprête à partir étudier à l'étranger pour mieux revenir œuvrer à la réconciliation et à la paix. Une histoire de transitions, donc. De passage à l'âge adulte, de convictions, de famille. Petit à petit, on découvre Fatmireh nominée pour le prix Nobel de la paix, s'exprimant à Genève sur les 3500 disparus qu'a fait la guerre, évoquant le rêve de son frère et de sa sœur dont elle se fait l'héritière… Le rêve d'un pays plus jeune qu'elle qui se construit sur des ruines. Pour Fatmireh comme pour le Kosovo, c'est l'heure d'une difficile indépendance.

Mon Lapin Bleu


Mon lapin bleu, c'est le surnom que vous donnerait Yvonne si vous vous accoudiez à son comptoir. C'est aussi le titre du documentaire que Gérard Alle consacre à cette patronne de bar pas comme les autres. 

Au bord du monde, dans le pays bigouden. Au bord d'une route, un carrefour. Dans un bar anonyme, derrière son comptoir bas, Yvonne essuie les verres, les larmes et les tempêtes. Elle est née là, il y a quatre vingts ans. Puis elle a pris le large et est revenue jeter l'ancre dans cette maison, qui ne se  distingue en rien des autres. Pourtant, si vous en poussez la porte, il y a fort à parier que vous en ressortirez heureux. Loin de la mélancolie, on sort aussi revigoré par la force de ce documentaire, par la philosophie de vivre d'Yvonne et la chaleur humaine qui émane de son petit bistrot … Un tendre réquisitoire ou hommage à toutes les patronnes de bistrot de ce pays.

Nulle part en France


Nulle part en France. Une zone frontalière, face à la mer, un entre-deux. À la marge. Ce n'est pas un reportage, pas un documentaire non plus. C'est un film militant et poétique, qui mêle rage et tendresse. Réalisé par Yolande Moreau en 2016, il reste terriblement d'actualité.

La caméra de Yolande Moreau filme le camp de Calais avec retenue, nous emmène sous les tentes, dans la boue, le long des routes et capte les colères, les témoignages et les désespoirs de ces hommes et de ces femmes révoltés de leurs conditions, fatigués de l'attente …

La dignité et la rage. Les mots du poète Laurent Gaudé, lus par la réalisatrice, donnent aux images profondeur et universalité. Un court film comme un poème dont on ne ressort pas indemne.