Coup de coeur

Yann-Fañch Kemener : Passer en chantant


Le mois de miz-du, sombre mois noir, peut s'acoquiner du lumineux portrait de Yann-Fañch Kemener que nous propose Ronan Hirrien, avec Passer en chantant, tourné en 2018. Le chanteur était déjà très malade, mais il accorde toute ses forces et sa confiance à ce tournage, qui le voit revenir vers les rivages essentiels de sa carrière.
Litanie de jolis noms, qu'il égraine avec reconnaissance : Albert Boloré l'initiateur, Jean Poder et Jean-Marie Youdec les contributeurs, Claudine Mazéas qui lui ouvre sa bibliothèque, et bien plus encore. Les expériences s'enchaînent et Yann-Fañch peut tracer de larges sillons : la découverte de la gwerz de Skolvan Barzaz, l'héritage des Celtes avec Dan ar Braz, Enez Eussa avec Didier Squiban, collectages et recherches confondus...
Il faut voir le chanteur s'illuminer quand il dit « le plaisir en chantant de pousser les gens à danser jusqu'à l'épuisement, de leur tirer sur le cuir «. Si Yann-Fañch est mort en mars 2019, pourtant son sourire, sa voix singulière planent toujours sur les landes, de Sainte Tréphine à Tréméven … Merci à Ronan Hirrien de nous léguer ce film aux couleurs de toiles cirées, de cidre doré, de fougères irisées, pour illuminer nos miz-du...

Dans leur jeunesse, il a du passé


Le documentaire Dans leur jeunesse, il y a du passé, de Elsa Oliarj-Inès, ne laissera personne indifférent tant cette histoire d'attachement à un territoire nous concerne tous. Bien sûr, il y a ceux qui font leurs premiers pas à l'ombre des tours du 93, et ceux qui grandissent à Tardets, dans la vallée de la Haute-Soule, en Pays Basque. Un pays dont la réalisatrice dit : ici, tout est tradition.

Alors, est-ce que l'on reste par choix ou parce que cela va de soi ?

Elsa Oliarj-Inès choisit de porter son regard sur sa propre génération, ceux qui se réunissent année après année au café du village. Âgés lors du film de 23 ans, c'est pour certains comme s'ils avaient toujours été là... Intimes interrogations, désirs sensibles, place pour le doute. Le paysage ne fait pas tout, même si parfois on peut se surprendre à penser que ces jeunes sont justement « comme sortis du paysage ». Il semblerait bien que les questions d'identité sont bien plus complexes encore que ce que l'on voudrait croire... En tout cas, un film et un questionnement fort réussis.

Hassen Ferhani


Ce jeune réalisateur de 33 ans nous a tout simplement ouvert grand les fenêtres donnant sur l'Algérie, grâce à son premier film, Les baies d'Alger inventif en diable, démonstration épatante de la diversité de la capitale algérienne.

De baie en vasistas, de porte-fenêtres en lucarnes, Hassen nous fait entendre des bribes échappées du quotidien, rêveries, embrouilles, espoirs. Tout est dit en peu de mots, et ce court-métrage ouvre le voie royale aux autres films d'Hassen, repéré ensuite pour son documentaire tourné dans les abattoirs d'Alger, Dans ma tête un rond-point, à découvrir à Douarnenez.

Allez en lire plus sur Hassen Ferhani, qui a eu la gentillesse de partager son parcours sur Bed. Et guettons son tout-dernier documentaire, projeté à Locarno en ce mois d'août 2019 : 143 rue du désert , le portrait revigorant de Malika, qui tient un café pour routiers au milieu du Sahara... Tous les espoirs sont permis !

Une nuit en Bretagne


Y a rien de plus beau qu'une rangée de danseurs... Si on veut un avenir pour notre culture, il faudra être volontaires et solidaires… La tradition, c'est ce qui se passe aujourd'hui, on peut pas rester stankés sur le passé...

De quel blockbuster sont tirées ces répliques ? Du fameux Une nuit en Bretagne de Sébastien Le Guillou, réaliseur trégorrois dont nous aimons les portraits qu'il fait de son pays. Un film qui entend prendre le pouls du fest-noz, un phénomène qui semble en évolution constante. A l'instar de nos questions sur les identités, le fest-noz oscillerait sans cesse entre tradition et innovation ?

Si l'on en recense plus d'un millier par an, en Bretagne et dans le monde, on peut sans se tromper affirmer qu'ils ne se ressemblent pas tous. Le fest-noz prend un malin plaisir à se réinventer, et nous questionne sur notre capacité à nous adapter. Plus loin de nous les cours de fermes et les fins de moissons, plus proche l'engouement des jeunes Bretons pour des moments collectifs comme Yaouank, qui rassemble des milliers de danseurs à Rennes. Pourtant dans les Monts d'Arrée, les jeunes se réjouissent de tasser la terre ensemble... à une poignée d'amis.

Nous reste intacte la poésie de Marthe Vassalo, chanteuse, quand elle évoque « la houle de la danse » : Qu'elle est belle la danse quand on la voit de la scène, en prenant un peu de hauteur, on voit le pays...
A ses côtés, Mathieu et Erwan Hamon, Jean-Michel Veillon, Yvon Riou, Marcel Guillou , Annie Ebrel, Nolhùen Le Buhé, autant de voix singulières pour nous dire leurs festoù-noz...

Alors, cet été, faites vos curieux, prenez les routes pour courir les festoù-noz ! Profitez même du dossier numérique de BCD, Sonerion, une extraordinaire aventure pour devenir érudits sur la question des sonneurs.

Manu de Gabriel Kerdoncuff nous replonge au cœur des années 70 avec bonheur !


Manu, c'est Emmanuel Kerjean, natif de Bonen près de Rostrenen, en pays fisel. Un fils de paysan, marqué toute sa vie par le chant et la danse de ce pays, de ce terroir qu'il va « porter », « valoriser » à sa façon, dans les festoù-noz comme dans les concours de chant, à Paris comme à New-York où une tournée triomphale le conduit en 1976. Manu disparaîtra en 1997, laissant orphelins toute une génération de chanteurs, qu'il aura cependant su accompagner et former au kan-ha-diskan.

Manu est ici filmé dans la cuisine formica de sa ferme de Plouray, où il vit avec Marie son épouse. On le voit, mise en abîme, se regardant filmé dix ans plus tôt, en compagnie de deux jeunes débutants, Yann-Fanch Kemener et Eric Marchand. Tout l'enjeu de la transmission est là, au fil de ces images en noir et blanc, mais si précieuses aujourd'hui.