Coup de coeur

Ondes fragiles


On est au cœur du Morbihan, à Sérent, dans les locaux de la radio associative Plum'FM, fréquence 102.1. Une radio née dans les années 90, au sein de l'IME de Plumelec, une radio qui n'a pas peur de donner la parole à ceux qui souffrent, à ceux qui sont différents. Ondes fragiles, c'est un film de Françoise Bouard et Régis Blanchard, un bel hommage à une radio qui écoute, en plus de diffuser. Une écoute chaleureuse, une écoute qui nous fait du bien.

 

Grâce à des animateurs en empathie avec leurs invités, à l'image de de JB, les auditeurs peuvent écouter les paroles de personnes en dépression, atteintes par la maladie, par un licenciement, de jeunes en pertes de repères, d'adolescents de l'IME venus dire leurs différences. Le film date de 2014, alors que la radio traversait des passes difficiles d'un point de vue financier, et nous rentrons aussi dans l'intimité des réunions, de la gouvernance associative, de la gestion des conflits, même mineurs. Le mot-clé, le mot de la fin, c'est sans doute ce mot de fragile, qui porte en lui nos façons d'être au monde. Il faut souligner à quel point les réalisateurs, Françoise Bouard à l'image et Régis Blanchard au son, nous offrent des plans respectueux, mains qui tremblent, yeux qui brillent, voix qui chavirent, silences chargés d'émotions. Merci à eux pour ce partage.

 

Encore plus de films corses ? Allindi !


La plate-forme Allindi est née à l'initiative de Gérôme Bouda et de Marie-Francesca Valentini, tous deux impliqués dans la production audiovisuelle, comme dans la réalisation. 

 

Valoriser les œuvres corses et méditerranéennes, arpenter les imaginaires d'une île que l'on enferme volontiers dans quelques clichés bien résistants aux évolutions de nos sociétés, tel était le point de départ. Mais aussi, dès le début, se relier au reste du bassin méditerranéen et garder un œil sur ce qui s'y produit, sur ce qui s'y joue. Sur www.allindi.com la Méditerranée est une communauté culturelle : films sardes, maltais, italiens, algériens, portugais net les films y sont en ttoutes formes et en tous genres (documentaires, fictions, captations, séries).

 

A noter une sélection jeunesse entièrement en langue corse.

 

Le soutien franc de l'Institution Territoriale et le lancement de la plateforme, en Août 2020, en pleine période de pandémie au service du Festival du Film de Lama (et ce afin de garantir une présence cinématographique insulaire) annulé pour raisons sanitaires ont affirmé la détermination du projet culturel ALLINDI et de ses équipes.

 

Le projet est généreux, et ses créateurs considèrent les films comme des sources de réflexion, de poésie parfois, des regards qui éclairent notre société. 

 

Soucieux aussi de maintenir une économie qui permette à tous de mieux vivre, ils ont fait le choix de rétribuer les auteurs, et proposent donc des abonnements payants.

 

De quoi, espèrent-ils, entretenir le souffle qui permettra aux créateurs corses de ne pas se décourager, et de relancer de nouveaux projets de films, par tous les temps ! 

 

Devenus diffuseurs pour mieux partager les ressources de l'île, Gérôme Bouda et Marie-Francesca Valentini entretiennent toujours le feu sacré de la production de films. A guetter !

 

Allindi : abonnements 4€ par mois ou 40€ pour l'année.

 

Humeurs botanistes


Quelquefois, il faut savoir remonter dans l'Histoire, pour faire de belles rencontres, et se mettre un court instant à l'abri d'une actualité maussade. Grâce au film Mauvaises herbes, de Anne de Giafferri et Gilles Blanchard, j'ai pu visiter les merveilleux Jardins de la Minerve, à Salerne, au Sud de Naples. Ces Jardins botaniques remontent au XIIIème et XIVème siècle, et on doit leur agencement à Matteo Silvatico, un botaniste médiéval, qui enseignait les plantes à l'Ecole de Médecine. C'était un temps où les préparateurs de poisons avaient une activité intense, où l'on savait que la mandragore altère l'état de conscience...

 

J'ai pu aussi cueillir en Corse de quoi faire une soupe d'herbes. Laiteron, bourrache, pimprenelle, herbe de l'Ascension, pariétaire, ombilic de Vénus, plaintain, des noms qui composent un simple poème...aux simples.

J'ai vu Antoine Filippini purger ses poules grâce à une décoction de branches de frênes, planter une tige d'héllébore dans l'oreille de son cochon pour soigner la pneumonie, placer un collier de buis autour du cou de sa brebis parturiente pour aider à l'expulsion du placenta.

 

Et enfin, j'ai pu me réfugier sur le souk de Tissint, dans le Sud marocain, où vit la plus grande communauté d'herboristes du pays. J'y ai vu des plantes signatures, des plantes dont l'apparence était censée révéler leur usage et leurs fonctions. Une théorie qui remonte à l'Antiquité, mais bien évidemment contestée plus tard, dès les Lumières. Parmi elle, la rose de Jericho, dédiée à la fertilité dans le désert, à l'incroyable allure.

Pour ce simple moment de poésie, allez vous promener parmi les mauvaises herbes.

 

 

Langue corse : a vargugna !


A vargugna, c'est la honte en Corse. La honte, « qui fait que l'on se rejette nous-mêmes », explique Anghjulu Canarelli à Marie-Jeanne Tomasi, la réalisatrice, avec qui il affiche une belle complicité. Anghjulu, Ange, que l'on oblige à transformer son prénom en Jean lors de ses premières années parisiennes, va longtemps naviguer bien au large de sa langue corse. Fils de paysans, il ne s'autorise pas à apprendre et les années d'internat au lycée de Sartène sont pour lui un désastre. «  J'ai grandi à tâtons, comme une rame de haricots ». Il fuit le pays, la culture corse, il se sent poussé hors-de-lui par son père, dont il a honte à cause du corse. « Tu m'a écarté comme le tison, tu m'as rejeté comme la graine sèche hors du sillon, » dit-il à celui qui était charbonnier, et auquel il s'adresse dans sa création théâtrale, face au cercueil paternel. C'est seulement vers 40 ans que Anghjulu se réppropriera sa langue natale, revenant dans son village de Lévie, se mettant au théâtre, puis écrivant, notamment le recueil A Petracori, prix du livre corse en 2010. Aujourd'hui, Anghjulu Canarelli cultive son jardin, arpente les villages assoupis dans sa 2CV rouge, et peut se poser sereinement face à la caméra de Marie Jeanne Tomasi. « On nous a estropiés, en nous privant du corse, alors que les lieux parlent toujours le corse et que si tu l'utilises, la langue pousse et repousse d'elle-même. » Il dit cela en bouturant des plantes, en élaguant des branches, en se penchant sur de s fleurs endémiques.

C'est en français, cette langue qu'il qualifie à nombre reprises d'intruse, qu'il citera en conclusion Vassilis Alexakis, l'écrivain grec : « Chaque langue que je découvre garantit à sa façon ma liberté. »

A ces mots, s'ajoutent la façon bien à elle que Marie-Jeanne Tomasi a de filmer son île : ciels lourds d'orages, châtaigniers morts, villages en ruines. Loin, si loin, des clichés de cartes postales. Mais avec un amour total.

 

Que vivent les bandits corses !


Film de fin d'étude à l'école d'animation de La Cambre, en Belgique, Spada, bandit d'honneur est une petite merveille signée Pauline Nicoli. Qui nous entraîne dans la vallée du Cruzzini, en Corse...

Pauline nous donne à entendre la voix de son grand-père, Jean Nicoli, qui évoque ses souvenirs d'enfant. Ça donne un truculent «  Les Guérini venaient à la maison les jours de raviolis, ma mère était une excellente cuisinière ». Les Guérini sont de fameux bandits des années trente, comme l'est Spada, qui sévit dans les villages corses, assassine un rival sarde, se réfugie dans le maquis, avant d'assassiner le fonctionnaire des Postes, qui montait les pensions aux villageois. C'est le père de Jean Nicoli, entré dans la Criminelle, qui précipitera la fin de Spada.

La bande-son est épatante, les dessins à la craie grasse de Pauline Nicoli nous font sentir le maquis, le genévrier, et l'odeur de la poudre. Les mots et les lieux chantent : Pastricciolia, Salice, bandit d'honneur... Epatant !